Les soeurs de Tart sauvent une femme présumée adultère.

Publié le par pourlan

L’étrange histoire d’une demoiselle de Bresse

Sauvée par l’intercession de sœur Françoise du Saint-Esprit

à Dijon, en 1625

 

In BOURREE, Vie de madame de Pourlan, p. 258-264

 

 

Il arriva en l’an 1625 qu’une jeune demoiselle de Bresse fut accusée d’avoir manqué à son honneur et d’avoir ajouté à ce premier crime celui d’avoir perdu son fruit, elle fut mise en prison, et condamnée par la sentence du présidial de Bourg à avoir la tête tranchée, quoiqu’elle déniât toujours fortement ce qu’il y avait de plus énorme dans l’accusation ; elle appela au Parlement de Dijon où elle fut conduite pas des archers, on commenças à travailler à son procès avec grande application. Quelques-uns de ses parents qui l’avaient suivie dans ce triste voyage vinrent recommander leur affaire aux prières de la communauté, et particulièrement de la mère Jeanne de Saint-Joseph, qui chargea la sœur Françoise du Saint-Esprit –qui est notre madame de Longueval – d’en prendre soin devant Dieu, ce qu’elle fit, priant avec beaucoup de ferveur et d’assiduité. Son abbesse lui en demandant quelques jours après des nouvelles, « Ma Mère, répondit-elle, le Seigneur a écouté les prières de ses servantes, et quoiqu’on fasse, elle ne sera pas exécutée de la main du bourreau, mais mourra de sa mort naturelle avec beaucoup d’édification ».

 

Cependant on instruit le procès, et la sentence est confirmée, les parents sont au désespoir, Madame de Pourlan qui avait tenu la prédiction de la religieuse très secrète fit part de cette affligeante nouvelle à la communauté. La sœur Françoise du Saint-Esprit dit tout haut plusieurs fois devant tout le monde qu’elle ne mourrait pas.

 

Vers les trois à quatre heures que l’exécution se devait faire, madame de Pourlan fut avertie qu’on allait mener cette infortunée demoiselle au supplice, elle fit mettre toute la communauté en prières, et envoya dire à la sœur Françoise qui était à la cuisine de s’y mettre. Aussitôt, quittant tout ce qu’elle avait entre les mains, elle se prosterna à terre pour faire oraison, pendant laquelle on entendit sonner les trompettes qui la conduisaient avec une multitude de gens qui faisaient un bruit épouvantable. Celle qui était venue faire le message, et qui était venue auprès d’elle, lui dit : « n’entendez-vous pas ma sœur, les trompettes – Oui, répliqua-t-elle, je les entends très bien voilà qu’elle passe, mais cependant elle n’en mourra pas, dites-le à notre mère, et assurez-l’en ».

 

Ce qui fut très vrai ; car étant sur l’échafaud, le bourreau donne les marques d’une grande inquiétude, il chancelle, il se tord les bra,s il les élève vers le ciel avec les yeux, se met à genoux, se relève, puis se jette à terre, demande pardon à la patiente, puis la bénédiction aux prêtres qui l’assistaient.

 

Enfin, après avoir souhaité d’être en place de la condamnée, il hausse le coutelas et le décharge, mais le coup ne porte que sur l’épaule gauche ; et fait tomber la patiente sur le côté droit ; l’exécuteur quitte son épée, se présente au peuple et demande de mourir. La populace s’émeut, les pierres volent de tous côtés, la femme du bourreau qui assistait son mari en cette exécution releva la patiente qui marcha d’elle-même vers le poteau, se remit à genoux, tendit derechef le cou, le bourreau reprend le coutelas de la main de sa femme et déchargea un second coup qui glissa, et n’entra dans le coup que d’un travers de doigt, ce qui la fit néanmoins encore tomber et augmenta la colère du peuple ; le bourreau se sauve dans la chapelle qui est au bas de l’échafaud. Les Jésuites et les Capucins qui avaient accompagné la patiente le suivirent, la femme du bourreau reste seule avec elle et s’efforce de l’étrangler avec la corde dont elle était liée, elle n’aperçut pas par bonheur le coutelas que son mari avait jeté à terre en faisant retraite, car elle s’en serait assurément servie, à son défaut, après lui avoir donné des coups de pied sur l’estomac et secoué cinq ou six fois pour l’étrangler, l’avoir tirée de toutes ses forces la tête devant à bas de la montée de l’échafaud, dont les degrés étaient des pierres. Elle prit les ciseaux  longs de demi pied dont elle essaya de lui couper la gorge, et n’en pouvant venir à bout, elle les lui enfonça en divers endroits.

 

Cependant le bourreau qui était à genoux dans la chapelle recevait force coups de pierres qu’on lui lançait de toutes parts : la fureur de la populace n’en demeura pas là, on force la porte, les bons religieux se sauvèrent comme ils purent, deux bouchers, qui entrèrent les premiers, trouvèrent la femme du bourreau acharnée sur cette pauvre fille, ils la lui arrachent des mains lui ôtent la corde du cou et la chargent sur leurs bras, tandis que d’autres assomment le bourreau et sa femme à coups de pierres et de marteaux. Dès qu’elle eût bu et repris un peu ses esprits, elle dit : « je savais bien que Dieu m’assisterait ».

 

On la transporta chez un chirurgien qui demanda permission de la panser. A la visite des plaies, elle se trouva avoir outre les deux coups d’épée six coups de ciseaux, dont l’un passait entre le gosier et la veine jugulaire, deux en la tête assez profonds, quantité de coups de pierre, le reins entamés fort avant du coutela sur lequel elle était couchée, lorsque la femme du bourreau la secouait pour l’étrangler, ainsi elle avait dix plaies ouvertes dont elle ne mourut pas toutefois, devenue aussi célèbre que cette femme de Verceil faussement accusée d’adultère dont parle Saint Jérôme, qui frappée de sept coups survécut à son supplice…

 

Elle fut pansée avec tout le soin imaginable, et des personnes de piété et de qualité s’intéressant pour elle, écrivirent en la Cour pendant les vacations de la Pentecôte, obtinrent la grâce que sa Majesté octroya en faveur du mariage de madame Henriette de France sa sœur avec Charles Premier, roi de Grande-Bretagne… La demoiselle étant parfaitement bien guérie de ses blessures, fut religieuse dans un couvent de Bresse, où, ayant vécu très saintement longues années, elle mourut fort doucement de sa mort naturelle.

Publié dans Dijon

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