Abrégé de la vie de Sébastien Zamet

Publié le par pourlan

Zamet

 

Bibliographie : Louis N. Prunel, « Sébastien Zamet, évêque-duc de Langres, pair de Fance – 1588-1655 » - University of Michigan – 2011 (réédition de l’édition originale de 1912)

 

 

Sébastien Zamet a été évêque de Langres de 1615 à sa mort en 1655. A ce titre, il va appliquer dans son diocèse la réforme du concile de Trente (ce n’est qu’en 1614 que l’assemblée du Clergé a accepté le concile et ses décrets de réforme, ce qui rendait leur mise en application possible en France). Proche de St Vincent de Paul, de Richelieu et du Père Joseph dont il était le neveu, ses nombreuses relations et son immense fortune ont sans doute facilité sa tâche. Il a été considéré comme l’un des grands prélats réformateurs de la première moitié du XVII° siècle. Son image a ensuite été ternie par la polémique autour de Port-Royal et de Saint-Cyran, qu’il avait dénoncé à Richelieu (c’est à la suite d’un mémoire manuscrit rédigé de sa main que Saint-Cyran a été emprisonné à Vincennes, ce que les Jansénistes ne lui pardonneront jamais).

 

Avant l’épiscopat : 1588 – 1615.

 

Origines familiales

 

Sébastien Zamet est le second fils de Sebastiano Zamet, lui-même fils d’un cordonnier de Lucques, arrivé dans les bagages de la reine Catherine de Médicis pour être valet de la garde-robe d’Henri III et devenu le plus riche financier du royaume et bailleur de fonds de la monarchie (Henri IV l’appelait « mon cousin d’argent », et son hôtel particulier de Paris était réputé pour le luxe de son agencement intérieur).

 

Son frère aîné, Jean Zamet, maître de camp du régiment de Picardie et marié à la nièce du duc d’Epernon, meurt en 1622 au siège de Montpellier, entre les bras de son ami Arnauld d’Andilly. Ce dernier détail a son importance : Arnauld est le frère d’Angélique et Agnès Arnauld, abbesses de Port-Royal. Il indique comment Zamet a pu, dès les origines, se trouver étroitement mêlé à la réforme de Port-Royal.

 

Un troisième enfant du banquier Zamet, Jean-Pierre, sera dans les années 1640 supérieur de la compagnie du Saint-Sacrement : autre indice qui situe la famille Zamet dans les milieux réformateurs les plus en pointe de son époque.

 

Carrière ecclésiastique

 

Protégé par Henri IV dont son père est intime (c’est à l’hôtel Zamet que meurt d’une fièvre puerpérale Gabrielle d’Estrées), il fait ses études à La Flèche, est nommé abbé de Juilly, succèdant à son oncle Horace qui avait été assassiné par les ligueurs, puis aumônier ordinaire du Roi. Au terme de ses études de théologie à la Sorbonne, il est nommé coadjuteur de Langres (1614), ce qui lui permet d’assister aux Etats Généraux et à l’assemblée du clergé qui admet les décrets de réforme du concile de Trente. La mort de l’évêque titulaire lui permet de prendre possession de son diocèse, l’un des premiers du royaume car il est constitué en duché-pairie, en 1615.

 

Réforme du diocèse de Langres

 

Aussitôt arrivé dans son diocèse, dans lequel il préfèrera résider plutôt qu’à Paris, Zamet se met à l’œuvre. Langres est dans l’état de la plupart des diocèses de France : la plupart des curés ne résident pas dans leur paroisse, les abbayes et la vie religieuse sont entrées en décadence. Ses relations familiales, sa fortune personnelle (il payera de ses deniers bon nombre de fondations), les amitiés qu’il a tissées durant son séjour à La Flèche et à la Sorbonne, vont lui permettre de faire appel aux principaux réformateurs du siècle pour l’aider dans son œuvre.

 

Il promulgue des statuts diocésains réformant le clergé (1616, 1622, 1628). Il fonde successivement : l’Oratoire à Langres ; le séminaire la même année (1616), confié aux oratoriens ; l’Oratoire à Dijon (1621) ; le carmel à Châtillon-sur-Seine (1621) ; les Jésuites à Chaumont (1618) et à Langres (1621) ; les Ursulines à Dijon, Langres, Châtillon et dans d’autres villes du diocèse ; les Dominicaines et les Annonciades à Langres (1623) ; la Visitation à Dijon (1622, dans les actuels locaux de la clinique Sainte-Marthe) ; il fonde une congrégation nouvelle : les sœurs de Sainte-Marthe, conçues par lui comme le pendant séculier des sœurs cloîtrées de la Visitation.

 

Non content d’ouvrir de nouvelles maisons et de fonder une congrégation, il se lance dans la réforme des anciens établissements : les bénédictines du Puits-d’Orbe, malgré l’opposition de l’abbesse, sont transférées à Châtillon ; surtout, il soutient la réforme des cisterciennes de l’abbaye de Tart, menée par l’abbesse Jeanne de Pourlan avec laquelle il va se lier d’une profonde amitié spirituelle et dont il va vouloir faire la pièce maîtresse de son grand projet : fonder un institut religieux nouveau voué au culte du Saint-Sacrement.

 

Port-Royal et l’institut du Saint-Sacrement (1625-1636)

 

Le succès de la réforme de Tart et le déménagement des religieuses à Dijon en 1623 donnent à Zamet la réputation d’un grand prélat réformateur. C’est vers lui que se tourne Angélique Arnauld, l’abbesse de Port-Royal, abbaye cistercienne de la vallée de Chevreuse, pour qu’il l’aide à achever la réforme de son abbaye. Zamet devient alors directeur spirituel de la mère Angélique. Les abbés de Cîteaux s’opposant à la réforme, il obtient que les deux abbayes (Port-Royal et Tart) soient soustraites à leur juridiction, pour ne faire plus qu’une seule communauté séparée en deux lieux et dotées d’abbesses élues pour trois ans. Jeanne de Pourlan quitte alors Dijon pour devenir prieure de Port-Royal, et Agnès Arnauld, sœur de l’abbesse Angélique, s’installe à Tart où elle est nommée coadjutrice. Angélique quitte l’abbatiat, et Zamet la convainc de travailler à son projet d’institut du Saint-Sacrement.

 

Toujours dirigée par Zamet, Angélique s’installe alors dans une nouvelle maison près du Louvre avec quelques sœurs. En quelques mois, l’institut se donne des statuts inspirés de la règle de St Augustin. Mais Angélique et Zamet s’opposent souvent sur les objectifs de l’Institut, jugé trop mondain par Angélique qui aspire à une vie davantage retirée. Elle choisit alors de se mettre sous la direction plus exigeante de l’abbé de Saint-Cyran, ami de son frère Arnauld d’Andilly, qui avait pris la défense de sa sœur Agnès lors de l’affaire du chapelet secret. Saint-Cyran ne tarde pas à établir sur les religieuses une autorité sans faille, excluant de fait Zamet, qui est également en conflit avec l’archevêque de Paris. Zamet se retire alors de l’affaire et rejoint son diocèse, d’où il ne sortira plus guère que pour quelques séjours à Paris. Il a soin, avant de partir, d’alerter Richelieu sur l’attitude sectaire de Saint-Cyran, qui sera emprisonné à Vincennes jusqu’à la fin de sa vie (il ne sera libéré que quelques mois avant sa mort).

 

La poursuite de la réforme du diocèse de Langres (1636-1655)

 

Zamet se consacrera désormais à son diocèse, dévasté par la guerre de Trente Ans. Il fonde en 1638 l’hôpital de Langres, et la confrérie de la Charité chargée de le desservir. En 1642, il soutient la reconstruction de l’hôpital général de Dijon, en y adjoignant l’hospice Sainte-Anne destiné à l’accueil des nécessiteux. Il encourage, dans le même but, la compagnie du Saint-Sacrement (dont son frère est le supérieur) à s’installer à Dijon (ce sont eux qui fonderont le premier séminaire de Dijon, dans l’actuelle rue Amiral-Roussin ; ils sont également les initiateurs du culte de l’enfant Jésus à Beaune). Il poursuit le travail de réforme des cisterciennes en s’attaquant à l’abbaye de Rougemont, dont la conduite de l’abbesse fait scandale. Il installe les Minimes à Notre-Dame d’Etang, la Visitation à Langres et lance le procès de béatification, jamais abouti, du père capucin Honoré de Paris.

 

Ses dernières années sont assombries par la maladie, qui l’empêche d’assister Jeanne de Pourlan dans ses derniers instants, en 1651. Lié d’amitié à la famille Bossuet, c’est lui qui confére le sous-diaconat au jeune Bénigne et lui donne le sacrement de la confirmation. A sa mort, en 1655, on ne trouvera dans sa chambre que 30 écus, reste de la considérable fortune que lui avait laissée son père.

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